Cérémonie d'hommage à Paul Bert

      Cérémonie Paul Bert 11 novembre 2019

                   Monsieur le Maire,  chers amis,                                  

 

Si nous nous réunissons aujourd’hui comme chaque année au pied du monument Bartholdi pour rendre hommage à Paul Bert, ce n’est pas par dévotion au « culte des ancêtres » mais bien plutôt parce que nous sommes convaincus que le passé est ce qui donne toute son épaisseur, sa consistance et son sens au présent.

Comme je le dis souvent à l’occasion de ces commémorations, la fécondité de l’héritage d’une forte personnalité comme celle de Paul Bert est de nous aider à nous orienter dans les problèmes qui sont aujourd’hui les nôtres et dans lesquels nous nous enlisons, faute de savoir prendre suffisamment  de recul.

On sait que Paul Bert fut un grand initiateur de la laïcité en ce sens qu’il l’institua dans l’école de la République vingt ans avant que la loi de 1905 ne l’applique à la Nation toute entière. Que penserait-il, s’il était aujourd’hui des nôtres, de ce déplorable incident qui a marqué l’actualité dans notre région même de Bourgogne-Franche-Comté quand un élu du Rassemblement  national s’en est violemment pris à une accompagnante scolaire portant le voile ?

Que penserait-il d’une société qui se fracture bien inutilement  dans un mauvais débat qui oppose ceux qui, d’un côté, veulent interdire le voile des accompagnantes scolaires, voire même l’interdire de façon générale dans la rue, à ceux qui, d’un autre côté, au nom du respect des identités, crient très vite à l’islamophobie et ferment les yeux sur la menace islamiste ? Les premiers cachant assez mal sous les dehors d’un rappel à la laïcité une attitude qui relève d’un véritable néo-racisme culturel et différentialiste et dont les intentions électoralistes sont par trop évidentes ; les seconds –souvent taxés d’islamo-gauchistes- s’interdisant de poser le problème des prédications salafistes pour ne pas stigmatiser nos concitoyens musulmans et s’attirer les foudres de Médiapart. Il en penserait à coup sûr que les uns comme les autres, loin de faire avancer la cause de la laïcité, la font plutôt reculer.

 

N’avons-nous d’autre choix qu’entre la haine et l’aveuglement ? Est-ce bien cela, le débat sur la laïcité ? Paul Bert peut-il nous aider à y voir plus clair, à être vigilants sans céder à la haine et à l’hystérie, peut-il nous aider à discerner entre l’essentiel et l’accessoire ? J’en suis pour ma part persuadé. Il le ferait même très facilement en nous rappelant cette belle formule héritée de Gambetta qui fut son maître en politique : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! ». (Chambre des députés, 4 mai 1877).

On a fait, bien à tort, à Paul Bert une réputation de « bouffeur de curés » alors qu’il n’était l’ennemi ni des croyants –bien sûr- ni même du clergé en général. N’oublions pas qu’il entretenait les meilleurs rapports avec les braves curés de campagne ou avec les ecclésiastiques au Tonkin où, justement, le problème du cléricalisme ne se posait pas. En revanche, il se posait bien comme l’ennemi juré des jésuites pour cette seule et forte raison qu’ils avaient la haute main sur l’enseignement, qu’ils professaient le rejet de toutes les valeurs de la République héritées de la révolution française – à commencer par la liberté de conscience- et qu’ils bénéficiaient à cette fin du puissant soutien politique de l’Empire. Voilà au juste ce qu’est le cléricalisme : user de moyens politiques pour imposer une croyance particulière à l’ensemble du corps social, voilà en quoi il est le véritable ennemi de la laïcité. Il était triomphant dans sa forme catholique sous le Second Empire, il tend à refaire surface aujourd’hui sous la forme d’un islam radical aux yeux duquel la charia doit prévaloir sur les lois de la République. En faisant rappel de la célèbre formule de Gambetta « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » Paul Bert peut nous aider à hiérarchiser nos objectifs et à démêler l’essentiel de l’accessoire,  nous aider à nous recentrer sur la question du contrôle des prêches des imams salafistes et à laisser la question du voile à l’accessoire, entendu dans tous les sens du terme. Oui, il existe aujourd’hui de bigots mais la bigoterie a toujours existé, on peut le déplorer sans en faire une affaire d’Etat. Les pères fondateurs de la laïcité, Paul Bert, Jules Ferry ou Aristide Briand, n’ont pas jugé bon de promulguer une loi à l’encontre des « grenouilles de bénitier », on voit mal pourquoi on en ferait une aujourd’hui contre le port du voile des accompagnantes, même s’il y a de très bonnes raisons par ailleurs de l’interdire à l’école.

On pensera ce qu’on voudra du voile et notamment ceci  que ce n’est pas un signe très probant d’élévation spirituelle mais ce n’est pas lui qui, au premier chef, menace la paix sociale.

Aux yeux de ses fondateurs, la laïcité a été conçue comme un moyen de pacifier le corps social et de faire cohabiter en bonne intelligence des êtres aux convictions différentes.

N’en déplaise à M. Eric Ciotti, La loi de 2004 avait trouvé un bon compromis laïque en interdisant le voile à l’école sans l’interdire aux accompagnantes scolaires. Ce faisant, elle trouvait l’équilibre propre à garantir la paix scolaire.

 

Bien fous sont ceux qui ont voulu rallumer le feu des divisions, braquer les uns et les autres, en rouvrant le débat sur le voile des accompagnantes alors que l’essentiel se joue ailleurs. Seuls les intégristes et les néo-racistes peuvent tirer profit de ce faux débat.

Pour nous, honorer aujourd’hui la mémoire de Paul Bert, c’est tenter de retrouver un peu de sagesse dans le souvenir de celui qui savait dans quel véritable combat se jouait l’avenir de la laïcité.

 


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