inauguration de la Maison Paul Bert, 5 rue Germain Bénard à AUXERRE

 
Discours du Président à l'occasion de l'inauguration,
le 11 novembre 2009

Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, chers amis,

 

Parce qu’elle correspond à l’anniversaire de la mort de Paul Bert à Hanoï en 1886, la date du 11 novembre est depuis plusieurs décennies celle que les auxerrois ont retenue plus rendre hommage au plus illustre des leurs.

Mais aujourd’hui, outre l’hommage traditionnel, c’est une occasion bien particulière qui nous réunit ici : baptiser officiellement la Maison Paul Bert, une maison jusqu’ici sans nom, inconnue aux plans et aux registres de la ville. Si quelques auxerrois avaient bien l’usage de l’expression « maison Paul Bert », la plupart ignorait de quoi il s’agissait et, a fortiori où elle pouvait bien se trouver, puisqu’elle n’est pas visible de la rue.

Depuis que la ville en fit l’acquisition à l’initiative de J.P. Soisson, cette maison a reçu les qualifications les plus diverses, au gré des fonctions successives qui lui ont été assignées (maison des associations, maison des randonneurs, maison de la formation…)Lui donner comme nous le faisons aujourd’hui une dénomination officielle ne permet pas seulement au promeneur de mieux s’orienter, la baptiser « Maison Paul Bert » c’est lui donner une existence dans l’ordre symbolique du langage, une existence dont la pérennité l’emporte souvent sur celle des pierres qui dressent les édifices. Un mot, un simple mot, mais qui renforce la chose, la grave dans nos esprits et la perpétue dans nos mémoires.

Attacher le nom de Paul Bert à sa maison qui fut un lieu de vie dans la chaleur de l’affection familiale, c’est encore un moyen de se rapprocher de l’homme, de son attachement à ses proches et à sa ville d’Auxerre qui lui étaient chers puisqu’il y faisait sans cesse retour dès qu’ils pouvait échapper aux lourdes tâches, tant scientifiques que politiques, qui le retenaient à Paris.

Pour toutes ces raisons je remercie très chaudement M. le Maire d’avoir accédé à notre demande d’un baptême officiel de la maison Paul Bert, baptême civil, cela va sans dire…

Tout le sens d’une commémoration est d’honorer la mémoire d’un événement ou d’un homme qui ont conservé une valeur symbolique. La Société Paul Bert, pas plus que vous, ici présents, ne fait figure de dévots du passé qui se contenteraient de chanter des hymnes à la gloire d’une figure figée dans le bronze des statues. Il s’agit bien davantage pour nous de se ressaisir d’un héritage, de se réapproprier le passé pour mieux affronter le présent.

Paul Bert n’a pas seulement un passé, il a un présent. Pour me limiter aux acquis scientifiques dus à Paul Bert, je rappellerai que sa plus grande contribution à l’histoire de la science, c’est d’avoir posé dans son livre majeur La Pression barométrique toutes les bases de nos connaissances actuelles sur la physiologie de la respiration en  étudiant les conditions dans lesquelles s’opèrent au niveau des poumons les échanges gazeux entre le sang et l’air que nous respirons. Etude menée très minutieusement à travers l’examen de toutes les situations extrêmes auxquelles l’organisme est soumis dans des conditions hyperbares (par ex. construction des piles de pont ou plongée sous-marines ou au contraire hypobares à grande altitude. Accidents de plongée d’un côté (ce que tous les plongeurs du monde connaissent sous le nom d’ « effet Paul Bert ») et le mal des montagnes et celui des aéronautes d’un autre côté, accidents qui avaient coûté jusque là de nombreuses vies.

A chaque fois, qu’au départ d’un avion le personnel de bord attire l’attention sur les masques à oxygène qui tombent des  casiers en cas de dépressurisation, nous pouvons dire « merci Paul Bert ! ». A chaque fois qu’un plongeur sous-marin est sauvé par son introduction dan un caisson hyperbare, il peut dire à son tour « merci Paul Bert ! ». A chaque fois qu’un grand blessé doit recevoir des soins intrusifs et douloureux ou qu’un patient doit subir une ponction de moelle osseuse et que ces patients bénéficient comme anesthésie du mélange mis au point par Paul Bert de protoxyde d’azote et d’oxygène dans des conditions légèrement hyperbares, mélange longtemps utilisé par les dentistes et couramment utilisé aujourd’hui encore dans les hôpitaux sous le nom de Méopa ou de Kalinox, ces patients peuvent dès leur réveil dire encore « merci Paul Bert ! ».
 
Mais nous ne parlons ici que des acquis et de ce qui s’est inscrit dans l’institution médicale.
Or il en est de la Science comme de la République et ce n’est pas par hasard si Paul Bert établissait un lien consubstantiel entre les deux. Dans l’esprit des fondateurs de la IIIe République, la république ne devait pas être pensée seulement comme un ensemble d’institutions qui, une fois bien établies, permettraient qu’on se repose paresseusement sur elles. Il n’y a pas de république sans mœurs républicaines, sans esprit civique, sans la volonté constante de préserver la démocratie contre tout ce qui menace continuellement son fragile équilibre. Il en va de même pour la science,  elle n’est jamais véritablement acquise si on ne lutte pas constamment pour diffuser dans l’ensemble du corps social l’esprit et la culture scientifique.

Si Paul Bert s’est attaché avec une véritable obstination au développement de l’enseignement scientifique élémentaire –rappelons qu’alors qu’il était lui-même Ministre de l’Instruction et de cultes, Paul Bert rédigea de sa main plusieurs ouvrages d’enseignement scientifique élémentaire à destination des écoles primaires- ce n’est pas parce qu’il voulut édifier une nation de savants. Il était seulement convaincu que l’enseignement scientifique  était celui qui était le plus à même d’apprendre à se défaire de ses préjugés, à jeter sur les choses familières un regard neuf,  à acquérir un esprit critique qui permit de se défaire des croyances acquises par simple imprégnation, à apprendre à discerner, à juger par soi-même, en un mot à devenir libre.

Son véritable engagement fut de lutter contre l’obscurantisme, et ce qui compte en la matière c’est plus la diffusion de l’esprit et de la culture scientifique que le contenu même de son savoir. Or, s’il y a une tâche toujours inachevée à reprendre inlassablement, c’est bien celle-là, pour autant que les résistances que les mentalités collectives opposent aussi bien aux méthodes de la science qu’aux acquis de son enseignement sont aussi fortes aujourd’hui qu’elles l’étaient à l’époque de Paul Bert.

Hors mis les prolongements d’ordre technique que les sciences peuvent trouver et qui peuvent améliorer nos conditions de vie, la science en elle-même -comme activité purement théorique et abstraite- est l’objet d’un véritable désamour.
Il suffit d’évoquer le quasi abandon (pratique) de l’enseignement scientifique dans le primaire, l’inquiétante désaffection des jeunes pour les études et les carrières scientifiques pour commencer à s’inquiéter. Mais quand on observe la montée en puissance de l’obscurantisme à travers les efforts de « feu l’administration Bush » pour encourager l’enseignement du créationnisme au détriment de l’évolutionnisme, pour faire obstacle aux recherches sur les cellules souches ou au traitement du sida au motif d’un radicalisme religieux, quand on voit se créer un collectif international de scientifiques prix Nobel dénoncer le véritable « maccartisme scientifique » dont ils sont victimes, quand on entend enfin l’ayatollah Khamenei dénoncer les sciences islamique internationales comme corrompues par les méthodes occidentales et appeler à une science coranique « non-occidentale » (rappelant en cela le triste souvenir de l’affaire Lyssenko de la période stalinienne qui opposait la vraie science prolétarienne à la fausse science bourgeoise), voyant tout cela on est saisi d’effroi et on est cette fois tenté de crier « au secours Paul Bert ! ».

Rien ne sert d’embaumer un cadavre si on ne se ressaisit pas de son combat, s’il nous échappe que la défense des valeurs qu’il incarne constitue une tâche toujours inachevée qui doit rester  la nôtre.
Il dépend donc de nous que Paul Bert n’ait pas seulement un passé et un présent mais que ses espoirs aient un avenir. La tâche n’est pas mince, c’est pourquoi je vous dirai pour conclure d’un mot : bon courage ! 

                                                            Patrice Decormeille


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